Pollution plastique : la « poursuite » annoncée des emballages plastiques !

Le gouvernement a signé le décret encadrant l’interdiction des emballages plastiques autour des fruits et légumes frais non transformés… pour une trentaine de produits seulement ! Pour les autres fruits et légumes, le décret prévoit une application progressive de cette interdiction jusqu’en 2026 ! Une politique « des actions fragmentées et au coup par coup« , qui n’est « pas à la hauteur du problème » comme l’a soulignée l’ONU cet été.

C’est en effet une mise en garde qui est malheureusement passée inaperçue pour nos politiques publiques : cet été, l’Organisation des Nations Unies, s’appuyant sur un rapport du Groupe international d’experts sur les ressources (IRP), a appelé les gouvernements à accélérer leur politique de luttes contre les déchets plastiques :

Interdire les sacs en plastiques, ramasser les déchets sur les plages, trier ses poubelles, ou acheter une gourde ne suffira pas à endiguer la pollution de nos océans. Pour réduire les déchets plastiques, il faut des politiques systémiques et non pas des actions fragmentées et au coup par coup.

Océans : la lutte contre la pollution plastique encore inadaptée – Nations Unies
Pollution plastique des océans

Actuellement, 11 millions de tonnes de plastiques sont déversées chaque année dans les océans.

« Avec les politiques actuelles, la quantité de ces déchets plastiques solides urbains sont destinés à doubler d’ici à 2040, la quantité de plastique rejetée dans les océans devrait presque tripler et celle de plastique présente dans les océans, quadrupler.« 

A l’échelle mondiale, les politiques nationales relatives aux plastiques sont rares et portent généralement sur l’interdiction ou la taxation de produits en plastique particuliers plutôt que sur le changement systémique de l’économie du plastique.

« Il est temps d’en finir avec les changements isolés qui consistent à faire, pays après pays, des choses aléatoires qui, à première vue, sont bonnes mais qui, en réalité, ne font aucune différence. Les intentions sont bonnes, mais on ne reconnaît pas que le fait de changer une partie du système de manière isolée ne change pas tout le reste par magie » indique Steve Fletcher, auteur du rapport et membre du panel IRP.

« Un pays peut mettre en place des plastiques recyclables, mais s’il n’y a pas de processus de collecte, pas de système de recyclage en place et pas de marché pour le plastique à réutiliser et qu’il est moins cher d’utiliser du plastique vierge, alors ce plastique recyclé est une perte de temps totale. Il s’agit d’une sorte de « green washing » qui semble positif en surface mais qui n’a pas d’impact significatif.»

Le Green Washing français

pollution plastique fruits légumes

C’est dans ce contexte que le gouvernement français a annoncé la publication du décret encadrant l’interdiction des emballages plastiques autour des fruits et légumes frais non transformés … pour « une trentaine de fruits et légumes frais non transformés » !

En effet, ce sont une quinzaine de légumes : poireaux, courgettes, aubergines, poivrons, concombres, pommes de terre et carotte, tomates rondes, oignons et navets, choux, choux fleurs, courges, panais, radis, topinambours, légumes racines ; et de fruits : pommes, poires, oranges, clémentines, kiwis, mandarines, citrons,
pamplemousses, prunes, melons, ananas, mangues, fruits de la passion, kakis, etc. que l’on retrouvera sur les
étals sans emballage plastique dès 2022.

Pour les autres produits, le décret prévoit une application progressive de l’interdiction. Les pêches et abricots, les fruits mûrs à point, les graines germées, les fruits rouges, ou encore les légumes « primeurs », c’est-à-dire récoltés au printemps, avant leur pleine maturité, bénéficieront de délais du 30 juin 2023 au 30 juin 2026. Un délai de tolérance de 6 mois pour écoulement des stocks d’emballages est également prévu.

Bien loin des recommandations du rapport du Groupe international d’experts sur les ressources (IRP) :

  • Le changement ne se produira que si les objectifs politiques sont définis à l’échelle mondiale, mais déployés à l’échelle nationale.
  • Les actions connues pour réduire les déchets plastiques marins doivent être encouragées, partagées et étendues immédiatement. Notamment passer d’une production et d’une consommation linéaires à une production et une consommation circulaire de plastique en éliminant les déchets, en encourageant la réutilisation et en exploitant les instruments du marché.
  • Il est essentiel de soutenir l’innovation pour assurer la transition vers une économie circulaire des plastiques.
  • Un programme urgent et indépendant d’évaluation et de suivi de l’efficacité des politiques relatives aux déchets plastiques est nécessaire afin d’identifier les solutions les plus efficaces dans différents contextes nationaux et régionaux.
  • Le commerce mondial des déchets plastiques doit être plus transparent et mieux réglementé afin de protéger les populations et la nature

(1) Rapport de Pew Charitable Trusts and SYSTEMIQ Breaking the Plastic Wave

Source : Océans : la lutte contre la pollution plastique encore inadaptée | Pollution plastique : la fin annoncée des emballages plastiques autour des fruits et légumes frais

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